Un jour, une histoire

Le 25 avril 1966

25 avril 1966

Mir Sultan Khan meurt au Pakistan. Apparu sur la scène échiquéenne dans les années 1920, le joueur pakistanais demeure un mystère. Mais il y a une réalité de Sultan Kahn, son palmarès. En quatre ans, il s’impose comme un des dix meilleurs joueurs de la planète. Champion de Grande-Bretagne en 1929, 1932 et 1933, Champion de l’Empire Britannique de 1929 à 1934, 1er échiquier de l’Empire Britannique aux olympiades de Hambourg (1930), de Prague (1931) et de Folkestone (1933). Il termina 2ème du tournoi de Liège en 1930, 3ème à Hastings l’année suivante, puis 4ème à Berne et Londres en 1932, derrière une pléiade de champions. Tombeur de Capablanca à Hastings en 1930/31, de Rubinstein, de Flohr, de Maroczy, il bat même sèchement Tartakover en 1931 sur le score de 4 à 1.
Incapable de lire l’Anglais, Sultan Kahn n’était pas au courant des dernières innovations théoriques et ne pouvait laisser parler son génie qu’à partir du milieu de partie. Parfois rudoyé par ses adversaires –Hans Kmoch se plaignit ouvertement auprès du capitaine de l’équipe d’Angleterre car Sultan Kahn ne répondait pas à sa proposition de nullité- il n’était pas ménagé par son maître : Reuben Fine raconte ainsi que le Maharaja invita l’équipe américaine dans sa demeure londonienne après les olympiades de Folkestone en 1933. Quelle ne fut pas la surprise des joueurs américains d’être servis à table par Sultan Kahn lui-même ! Mais le champion pakistanais souffrait surtout des rudesses du climat anglais et de la nourriture de l’archipel. Le champion britannique Golombek raconte d’ailleurs qu’ils allaient tous les deux chez les traiteurs juifs pour se rappeler au souvenir de cet Orient lointain.
En décembre 1933, Sir Umar repartit en Inde et ramena avec lui son serviteur. Sultan Kahn disputa encore un match en Inde contre V. K. Khadilkar, ne concédant qu’une partie nulle en dix parties. Puis plus rien. Des rumeurs se répandirent épisodiquement, mille légendes, mille disparitions, milles présences : paisible fermier, musicien en Afrique du Sud, mentor de la jeune garde pakistanaise… On l’imagine revenir, triompher. On s’enflamme. En 1954, le British Chess Magazine annonce son retour. Mais de come-back, néant. D’héritage aucun, de descendance, aucune à qui le serviteur ait daigné apprendre les règles du jeu. A force d’être partout dans les rêves d’un empire disparu, Sultan Kahn n’était plus nulle part. Sa légende dénonce davantage nos fantasmes qu’elle ne dit la réalité d’une vie de serf pakistanais. Sultan Kahn est mort d’une tuberculose le 25 avril 1966, dans la région de son enfance.

Echémeride n.f. rubrique indiquant les événements échiquéens arrivés le même jour de l’année à différentes époques.

Rubrique tenue pour Route64 par Jérôme Maufras, auteur et historien du jeu d’échecs.