Un jour, une histoire

Le 28 mai 1889

28 mai 1889

Naissance de Richard Reti Quand Richard Réti naît le 28 mai 1889 en Haute-Hongrie, l’Europe centrale est dominée par deux vastes empires : l’empire allemand et l’empire austro-hongrois, né de la défaite autrichienne de 1866 face à la Prusse lors la bataille de Sadowa. En 1867, suite au « compromis austro-hongrois », François-Joseph Ier, de la maison des Habsbourg et empereur d’Autriche, est couronné roi de Hongrie avec pour projet de maintenir une hégémonie des populations allemandes et magyares sur une majorité formée de peuples slaves ou latins (55 % de la population de l’empire en 1905). Il y parvient en mettant en place une autocratie éclairée où la cohésion de l’État plurinational repose sur la noblesse, l’église catholique, l’armée et une administration centralisée.

C’est donc dans l’Empire cosmopolite de Sissi où l’on recense pas moins de 14 langues officielles que le jeune Réti va grandir. Pas dans sa ville de naissance, Pezinok, lourde bourgade viticole typique de l’aristocratie magyare en déclin, mais à Vienne où son médecin de père engage même une préceptrice française pour parfaire son éducation. Deux mondes différents. D’un côté une Hongrie encore féodale dans laquelle 1/3 des terres appartenait à 9 000 familles, de l’autre une bourgeoisie viennoise industrieuse que François-Joseph n’hésita pas à anoblir, y compris les Juifs, en reconnaissance de leur dynamisme économique. D’un côté, une vie politique magyare sclérosée où 48 % de la population détenait 407 des 413 sièges du Parlement de Budapest, de l’autre, une Autriche où le suffrage était universel depuis 1907 et où toutes les nationalités étaient proportionnellement représentées au Parlement de Vienne.

Minoritaire dans un empire constitué de minorités nationales, Réti l’était aussi par sa religion. L’Empire comptait environ 2 millions de Juifs parlant le Yiddish, l’Allemand ou le Hongrois. L’Empereur François-Joseph leur manifestait une certaine sympathie et ils étaient reconnus comme citoyens à part entière. Cette tolérance, les Juifs d’Europe centrale ne pourront que la
regretter amèrement dans les années 1930. Pour l’heure, Réti, contemporain et bientôt voisin du jeune Hitler, commence à étudier les mathématiques après être sorti diplômé du Gymnasium. Bientôt, pourtant, la fièvre du jeu rogne sur son temps d’études et on le voit davantage sous les ors du Café Central de Vienne que sur les bancs de l’université. Il finit par abandonner définitivement les mathématiques pour devenir joueur d’échecs professionnel. Un témoin prestigieux l’a connu à cette époque et nous en parle, c’est Xavier Tartacover :

« Réti étudie les mathématiques sans être un mathématicien borné, il représente Vienne sans être Viennois, de naissance c’est un Vieux-Hongrois sans qu’il puisse être Hongrois, il répond avec une rapidité extraordinaire, mais agit avec d’autant plus de réflexion, et avec cela il devient le meilleur joueur d’échecs sans être champion du monde. C’est un artiste de la recherche qui s’occupe plus du pourquoi des choses que de leur essence. »

Echémeride n.f. rubrique indiquant les événements échiquéens arrivés le même jour de l’année à différentes époques.

Rubrique tenue pour Route64 par Jérôme Maufras, auteur et historien du jeu d’échecs.