Un jour, une histoire

Le 17 juin 1906

17 juin 1906

Pillsbury fut au même titre que Morphy ou Fischer une des étoiles filantes des échecs dont les Américains semblent s’être fait la spécialité. Pourtant, Pillsbury n’apprit à jouer aux échecs qu’à 16 ans. Mais à 18 ans, il s’était déjà fait un nom. Au point qu’en avril 1892 Steinitz passa par Boston pour y rencontrer Pillsbury, lui octroyant l’avantage d’un pion et du trait. Mal lui en prit puisque le jeune homme l’emporta 2 à 1. Il eut ensuite des résultats en dents de scie jusqu’en 1894, année qui le vit remporter le Metropolitan tournament de New York, 38 ans après Morphy. De riches mécènes décidèrent alors de financer son voyage vers la vieille Europe pour qu’il en défie les plus illustres représentants, à l‘instar de son aîné. En 1895, Pillsbury disputa donc le tournoi d’Hastings, à 22 ans. Ni Lasker ni Steinitz ne purent l’empêcher de remporter brillamment ce tournoi prestigieux. Cette victoire lui donna le droit de participer au grand tournoi à 4 de Saint-Petersbourg contre Lasker, Steinitz et Tchigorine.

Malheureusement, il contracta la syphilis lors de ce voyage et son jeu s’en ressentit jusqu’à la fin de sa vie. Les années filaient et l’espoir du titre s’envola progressivement. Pillsbury ne renonça pas à courir après son époque. Homme de son temps, il s’intéressait aux progrès techniques : il travailla ainsi une dizaine d’années sur l’automate Ajeeb à Coney Island. Américain pressé, il profita en 1900 du boom des transports de l’époque pour donner 150 exhibitions à travers le pays, parcourant plus de 60 000 kilomètres en 7 mois grâce à la modernisation rapide du chemin de fer américain. Ce qui a le plus marqué ses contemporains, c’était son extraordinaire capacité à multiplier les performances intellectuelles : on l’a vu ainsi mémoriser une liste de 30 mots scientifiques puis donner une simultanée à 10 joueurs d’échecs, 10 joueurs de dames, le tout en jouant au Whist. Le lendemain, il était capable de réciter la liste dans l’ordre et à l’envers… Ce défi permanent contre le temps, Pillsbury finit par le perdre en 1906, à l’âge de 34 ans, après plusieurs attaques cardiaques.

Echémeride n.f. rubrique indiquant les événements échiquéens arrivés le même jour de l’année à différentes époques.

Rubrique tenue pour Route64 par Jérôme Maufras, auteur et historien du jeu d’échecs.