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Richard Rapport, un OVNI dans le Top 10 mondial

Le plus précoce Grand Maître hongrois de l’histoire, peu connu jusqu’alors, s’est hissé récemment parmi l’élite des joueurs mondiaux. L’occasion de le présenter afin de mieux le connaître, car l’homme n’est pas toujours si banal qu’il en donne parfois l’air… Portrait d’un joueur singulier.

 

Antonin HAMBURGER pour Route64

« Mon père m’a appris à jouer aux échecs car je n’étais pas très bon en maths »

Au tournoi du Norway Chess, un jeune homme de 25 ans, cheveux mi-longs tombant sur les épaules et allure de rockeur, est parvenu contre toute attente à atteindre la troisième marche du podium. Face à lui, des joueurs de gros calibre : Magnus Carlsen, Ian Nepomniachtchi et Alireza Firouzja entre autres. Pendant la compétition, Richard Rapport est l’auteur de plusieurs petits exploits : il remporte une ronde face à l’ex-champion du monde Sergey Karjakin, s’impose contre le prometteur Firouzja, et annule plusieurs parties face au tenant du titre mondial. Au terme de la quatrième ronde, Richard Rapport est même en tête du tournoi avec une avance d’un point et demi sur Magnus Carlsen. Un peu plus tôt en août, il jouait dans la Sinquefield Cup, où il s’est placé en cinquième place derrière Maxime Vachier-Lagrave, Fabiano Caruana, Wesley So et Leinier Dominguez.

Pourtant, avant le tournoi, plusieurs commentateurs ne prédisaient pas à Rapport un grand avenir parmi les Super GM. En octobre 2020, Hikaru Nakamura affirmait au détour d’une session de streaming que « si Rapport joue avec les meilleurs joueurs mondiaux, son classement Elo ne tiendra pas le choc. » En effet, pas si aisé à l’époque de mesurer la force du joueur, dont le nom était peu connu pour qui ne suivait pas attentivement le circuit. D’autant que Richard Rapport est un habitué des yoyos de son classement Elo. En Juillet 2016, il atteint les 2752 points, puis tombe un an plus tard à 2675 points. « J’ai perdu environ 70 points en trois mois, et ça pourrait se reproduire. Faites-moi jouer d’autres parties et nous verrons bien », s’amusait-il en 2016 dans une interview pour Chess24.
Depuis 2017, il se hisse pourtant sans cesse dans le classement jusqu’à aujourd’hui, où il atteint son plus haut niveau : 2770, soit la 10e place des classements live.

« Mon père m’a appris à jouer aux échecs car je n’étais pas très bon en maths [en CE2], et il s’est dit que les échecs allaient m’aider à me concentrer. Mais ça ne me plaisait pas tellement quand j’étais un enfant », raconte-il auprès de Chess24. Il devient en 2010 le plus jeune Grand-Maître hongrois de l’histoire, à 13 ans, battant d’un an le record de Peter Lékó. Dans une interview, il affirme être concentré sur ses objectifs échiquéens : atteindre les 2600, puis les 2700 Elo. Et un jour se battre, peut-être, pour le titre mondial. Pour cela, il s’entraîne entre huit et dix heures par jour.

Des choix d’ouvertures déroutants…

A l’époque, il admire l’étoile montante Anish Giri. Le joueur néerlandais préférait alors un style de jeu agressif, retrouvé aujourd’hui après une fameuse tendance à signer de nombreuses parties nulles. Ce style, Richard Rapport l’admire et cherche sans cesse à le mettre en œuvre. C’est même l’une de ses marques de fabrique. Une autre serait peut-être ses choix originaux d’ouvertures. Comment les choisit-il ? « Au hasard » répond-il. Par exemple, aux Olympiades de Baku en 2016, il a utilisé contre Ding Liren une ouverture travaillée par sa femme, Jovana, quand elle avait 15 ans. Il réussit à annuler la partie avec les noirs. « Ding Liren ne pouvait pas connaître la préparation de Jovana quand elle avait 15 ans ! »

Car Richard Rapport est marié depuis 2016 à la Grand Maître Féminin Jovana Vojinović, aujourd’hui Jovana Rapport. Le couple s’est rencontré en 2012 à l’occasion d’un championnat du monde Junior en Grèce. Comme le dit Kévin Bordi dans l’une de ses vidéos sur la plateforme Youtube, il préfère à cette période se concentrer sur sa vie sentimentale plutôt que sur les échecs. Un amour à l’origine de sa relative baisse de régime en 2016 ? Peut-être. Aujourd’hui, le prodige hongrois est à son meilleur niveau mais il semble toujours jouer davantage par passion que pour la victoire. Interrogé sur sa défaite contre Ian Nepomniachtchi dans un armageddon, à l’avant dernière ronde du Norway Chess, il répond : « Je voulais juste finir le tournoi et rentrer chez moi. J’ai l’impression que mon niveau de jeu a énormément baissé ces derniers jours. C’était une bonne occasion de prendre un jour de repos. » À elle seule cette citation caractérise bien le personnage, plutôt singulier – voire déroutant – qui dénote dans un monde échiquéen devenu bien policé…