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Les échecs font leur show !

Farice HODECENT pour Route64

La Team Route64 organisait pour le compte de la Ville de La Roche-sur-Yon, le deuxième Trophée Napoléon des Echecs, samedi 30 octobre, une magnifique exhibition échiquéenne. Avec un plateau d’invités prestigieux, tous de niveau international : deux Grands maîtres hommes et deux Grands maîtres femmes. Quatre champions qui en ont décousu avec âpreté durant une grande partie de la journée, celle-ci s’achevant par une simultanée géante lors de laquelle ils ont ensemble affronté pas moins de 85 adversaires! Une magnifique vitrine pour les échecs.

Si l’ouverture Napoléon (1. e4 e5  2.Df3) n’est pas réputée car faible, ce n’est pas le cas du Trophée portant le nom de l’empereur, rendez-vous qui a acquis ses lettres de… noblesse, par sa magnifique seconde édition, qui a ravi autant les champions que les spectateurs puis joueurs de la simultanée. Pour rappel, la manifestation, ambitieuse, s’inscrivait dans le cadre des festivités du 200e anniversaire de la mort de Napoléon Ier, fondateur de la Ville de La Roche-sur-Yon, via un décret impérial signé en 1804. La préfecture vendéenne porte ainsi un riche héritage napoléonien, d’où l’idée d’inclure dans le programme des animations un grand événement échiquéen. Le premier s’était déroulé en 2019, et avait vu la participation de Maxime Vachier-Lagrave et Jorden Van Foreest, alors jeune prodige néerlandais. Les deux Grands maîtres s’étaient affrontés sous diverses formes : parties rapides, à l’aveugle, etc, avec deux parties ouvertes par une ouverture Napoléon comme contrainte imposée par l’organisation… pas une sinécure ! Il en était de même le 30 octobre, mais cette fois avec un plateau composé de quatre champions, et non plus de deux : les GM Christian Bauer (2645 elo) et le jeune prodige français Marc’Andria Maurizzi (2488 elo), ainsi que les WGM Deimanté Daulyté-Cornette (2413 elo) et Almira Skripchenko (2396 elo), qui par le passé fut tout de même n°3 mondiale ! Fidèle à leur engagement envers le développement de la féminisation des échecs, les organisateurs avaient ainsi tenu à constituer un plateau 100 % paritaire, afin de donner l’exemple.

Christian Bauer (2645 elo)

Marc’Andria Maurizzi (2488 elo)

Deymanté Daulyté-Cornette (2413 elo)

Almira Skripchenko (2396 elo)

Ce Trophée Napoléon des échecs, bien que disputé sous une forme amicale et ludique, était néanmoins un challenge, l’enjeu étant de remporter le trophée, et ainsi succéder à MVL. La journée commençait le matin par des affrontements en blitz (3’ + 2’’), entre tous les joueurs, ce qui permettait d’établir un classement. Très vite le jeune prodige corse montrait son talent et ses intuitions, toujours via son jeu offensif et flamboyant, très maîtrisé, prenant la tête de la compétition. L’après-midi, on retrouvait dans la grande finale les deux hommes s’affronter, avec là un changement dans l’embellie victorieuse, puisque Christian Bauer battait « Marcan » par 2 victoires successives, remportant ainsi le trophée. Un Christian Bauer solide et inspiré, qui ne fut pas trois fois champion de France par hasard ! La suite de la journée s’annonçait à la fois plus ludique mais aussi complexe, avec des matchs « main-cerveau » opposant » les Napoléon aux Joséphine… Il s’agissait donc de parties en mode blitz de 5 mn, incrémentées là-aussi, disputées cette fois à quatre. Dans chaque binôme, une tête, désignant juste le nom d’une pièce à bouger à sa « main », c’est-à-dire son partenaire, mais sans autre précision. A la main ensuite de s’exécuter, pas toujours forcément ce qu’avait pensé sa « tête », d’où quelques éclats de rire face à certaines situations cocasses ! Comme quoi on sait aussi s’amuser aux échecs, jeu plus que millénaire qui se décline de bien des manières, comme l’ont découvert les dizaines de spectateurs néophytes assistant à la manifestation, qui était retransmise dans la salle sur trois grands écrans, et sur le web sur les plateformes des partenaires du Trophée Napoléon : Chess24 et la chaîne Twitch de LampiOn_, pour un rendez-vous également adoubé officiellement par la Fédération Française des Echecs.

La simultanée géante, un moment inoubliable !

Entre les parties, le public se retrouvait volontiers dans le hall du bâtiment accueillant la manifestation, le CYEL, cathédrale culturelle recelant une école d’art, ainsi que les conservatoires de musique et de danse. De quoi disputer quelques parties, puisque le club local d’échecs de La Roche-sur-Yon avait apporté tout le matériel nécessaire, mais aussi sur le trottoir, où on retrouvait quelques acharnés disputer des parties sur un banc ! Sur place également, la grande librairie yonnaise Agora, qui proposait de nombreux livres sur les échecs, ainsi que la revue Route64, évidemment, mais aussi les volumes du manga Blitz. Il y avait donc à voir, à entendre (les parties étaient commentées en direct par Jérôme Houdin, Yannick Berthelot et le twitcheur Lampion), à lire, à découvrir, à jouer… les échecs avaient vraiment investi les lieux.
La journée se terminait donc par la fameuse simultanée géante, que ni les champions ni les nombreux amateurs n’avaient jamais disputé sous cette forme ; pour cause, il s’agit d’une pure création de Route64 ! Sur les 100 inscrits, suite à quelques défections de dernière minute, ce sont au final 85 amateurs qui attendaient de pied-ferme les quatre Maîtres, pour les défier. Ces derniers ne s’étaient pas répartis leurs adversaires par groupes, mais passaient successivement devant tous les échiquiers, s’obligeant donc en plus de la difficulté de jouer contre de nombreux adversaires, à devoir appréhender les coups et positions de leurs partenaires étant passés avant eux ! Un sacré challenge. Ces amateurs, licenciés ou non de clubs, étaient venus de toute la région des Pays-de-la-Loire, et même de bien au-delà pour les plus mordus ; il n’est pas donné tous les jours de pouvoir se mesurer à un Grand maître, alors quatre d’un coup c’était aussi inédit qu’inespéré. Une sorte de chaises musicales version échiquéenne, les perdants quittant l’arène au fur et à mesure, les places vides assurant ensuite des rotations de plus en plus rapides. Ne négligeons pas le fait, pour poursuivre une sorte de tradition insufflée en 2019 par les facétieux Yannick Berthelot, Jean-Baptiste Mullon et MVL, que les quatre champions n’ont pas hésité à se poser entre eux quelques « mines », laissant tantôt perplexe, tantôt pantois, ceux qui passaient ensuite jouer derrière eux… Là également de franches rigolades ont émaillé les parties !

Très accessibles et ravis d’être les stars de cette journée 100 % échecs bien fréquentée par un public aussi admiratif que respectueux, les Maîtres n’hésitaient pas à « taper la discute » avec leurs adversaires, pendant et après les parties, donnant une belle image de champions très accessibles et souriants, pas du tout prétentieux comme certains ont pu le découvrir, s’étant sans doute forgé une image trop « sérieuse » de ces virtuoses des 64 cases ; au final, des femmes et des hommes – presque – ordinaires. Des champions qui ont, aussi, rarement l’occasion de se retrouver dans une événement échiquéen populaire et sans autre enjeu que prendre et donner du plaisir aux autres, sans pression particulière si ce n’est donner le meilleur d’eux-mêmes. La simultanée géante s’achevait vers 20 heures, après quelque 2h30 de combats multiples ayant laissé bien des combattants exsangues mais heureux quand même ; en certaines circonstances, on sait ainsi accepter plus facilement la défaite ! Beaucoup d’enfants et d’ados parmi les participants, dont le niveau ne devait pas excéder 2200 elo pour cette simultanée, mais aussi des adultes de tous les âges, venus là tenter de faire nulle, voire de gagner contre ces Maîtres, toujours possible dans ce genre de configuration, évidemment. Au final, les quatre champions ont ainsi remporté 75 gains, encaissant six défaites et deux parties nulles. Impressionnant.

Chacun repartait ensuite avec l’échiquier en papier rigide qui avait été spécialement imprimé et siglé au nom de l’événement, souvent paraphé par l’autographe des quatre stars, assaillies par les demandes de selfies et autres photos de groupes également. Et beaucoup de leur poser moult questions, voire de refaire les parties ou de commenter l’actualité échiquéenne française et internationale. Une vraie convivialité sincère et partagée, point d’orgue d’un Trophée Napoléon des Echecs amené à être réédité en 2023.