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Pour développer les échecs en Afrique, « il faut aller sur place »

Dossier spécial Sénégal

Maxime DEWILDER pour Route64

Nourou, 27 ans : 1863 en rapide FIDE, il a appris les échecs sur l'ordinateur de sa tante. Pendant cette partie, il joue une sicilienne dragon. Son fou sur la diagonale A1-H8 finit par « cracher du jeu », « tu connais Blitzstream ? Je suis Bakistanais, je ne sais pas si tu as la référence ! ».

El Hadji Saidou Nourou BA, dit « Nourou », 27 ans : 1863 elo en rapide FIDE, il a appris les échecs sur l’ordinateur de sa tante.

L’implantation des échecs en Afrique reste largement inégale selon les pays, et ce continent est à la traîne au regard des autres. Le développement du jeu pâtit du manque de ressources, de matériel et de popularité.

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Lors de la dernière Olympiade d’échecs en Inde, à l’été 2022, les trois meilleurs représentants du continent africain n’ont pu faire mieux que 34ème pour l’Égypte, 56ème pour la Tunisie et 70ème pour l’Afrique du Sud. Seuls neuf pays africains figurent dans le top 100 : l’Égypte, la Tunisie, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe (74ème), le Nigéria (80ème), le Maroc (82ème), la Zambie (88ème), l’Ouganda (91ème) et l’Algérie (98ème). Ces résultats traduisent un retard de développement des échecs en Afrique, et pour cause, les préoccupations de la majorité des gouvernements de la région se portent ailleurs que sur le développement d’un jeu, aussi bénéfique puisse-t-il être.

Le continent concentre plus de 60% des individus extrêmement pauvres de la planète, selon la Banque mondiale, qui anticipe que ce taux grimpera à 90% d’ici 2030, d’après une étude publiée au début de l’année 2021. Malgré cela, des initiatives échiquéennes existent pour étendre l’influence du jeu des rois. Pour Jean-Claude Moingt, ancien président de la Fédération Française des Échecs (FFE) et actuel membre de la commission internationale de la FFE, pour déployer davantage les échecs en Afrique, « il manque trop de matériel sur place : échiquiers, échiquiers muraux pour travailler, pendules… tout ». Par ailleurs, le manque de formateurs est criant. « Dans certaines équipes nationales africaines, détaille encore le Français, les joueurs sont 1500 ou 1600, donc, en tant que formateurs, ils sont relativement faibles. Mais, et c’est ce qui compte, on peut être un joueur moyen et un bon formateur et, à l’inverse, être un fort joueur très peu pédagogue ». Avec la commission internationale de la FFE, Jean-Claude Moingt et son équipe ont permis à des joueurs du Cameroun, du Sénégal, de Mauritanie, de Djibouti et du Togo de passer leur diplôme d’initiateur dans le cadre d’un stage organisé en France au début d’année, une première étape afin que les concernés retournent dans leur pays avec « une méthode, des outils et des supports pédagogiques pour transmettre leurs connaissances ».

Jean-Claude Moingt, ancien président de la Fédération Française des Échecs (FFE) et actuel membre de la commission internationale de la FFE.

Jean-Claude Moingt, ancien président de la Fédération Française des Échecs (FFE) et actuel membre de la commission internationale de la FFE.

Éric Prié sur un échiquier géant
Joachim Mouhamad devant un échiquier
Dossier spécial Sénégal par Route64

L’Afrique du nord en avance

« il faut aller sur place »

Avec la commission internationale de la FFE, Jean-Claude Moingt et son équipe ont permis à des joueurs du Cameroun, du Sénégal, de Mauritanie, de Djibouti et du Togo de passer leur diplôme d’initiateur dans le cadre d’un stage organisé en France.

Jean-Claude Moingt, passionné des échecs depuis des dizaines d’années, est très impliqué dans le développement du jeu à l’international.

Historiquement, quelques pays tirent leur épingle du jeu… surtout en Afrique du Nord. L’Égypte, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc incarnent l’élite échiquéenne africaine. L’Égyptien Amin Bassem, 33 ans aujourd’hui et 50ème meilleur joueur mondial (2687 ELO), a remporté cinq fois le championnat d’Afrique, un record (en 2009, 2013, 2015, 2017 et 2018). Il devance un autre égyptien : Ahmed Adly, quatre titres entre 2005 et 2021. Même constat chez les femmes : quatre victoires pour l’Égyptienne Shrook Wafa (2013, 2014, 2016 et 2019) et trois pour sa compatriote Mona Khaled (2007, 2009 et 2015). Depuis la première édition en 1998, l’Égypte a été sacrée douze fois sur seize chez les hommes. Vient ensuite le Maroc, deux fois vainqueur, puis le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. Chez les femmes, 9 victoires égyptiennes sur 14 éditions. Les autres titres reviennent à l’Algérie (2001 et 2003), l’Afrique du Sud (2009 et 2021) et le Botswana (2005). « Il y a aussi une grande culture échiquéenne en Tunisie », confie Jean-Claude Moingt.

En 1967, le génie des échecs Bobby Fischer se déplaçait à Sousse, au sud de Tunis, pour un tournoi interzonal dans lequel participaient aussi Efim Geller, Viktor Kortchnoï ou Samuel Reshevsky. Dans les années 70, un match opposant la France et la Tunisie « n’était pas clair à l’avance concernant l’issue finale », rappelle Moingt, qui cite le Grand maître international Slim Bouaziz en référence, aujourd’hui 72 ans et encore classé 2255. En Afrique subsaharienne, en revanche, « les échecs sont beaucoup moins populaires et ancrés dans la culture », analyse l’ancien président de la FFE. Il rejoint sur ce point le président du comité de restructuration de la Fédération Sénégalaise d’Échecs (FESEC) Amadou Lamine Cissé, qui affirme que d’autres jeux comme les dames ou des jeux traditionnels africains sont beaucoup plus communs sur les places des villages (voir interview par ailleurs). Le premier Grand maître d’Afrique subsaharienne est Amon Simutowe, titré en 2009 (aujourd’hui 2249 ELO). Alors comment faire pour accélérer le développement des échecs en Afrique ? Nigel Short, vice-président de la Fédération Internationale des Échecs (FIDE), a quelques idées parmi lesquelles organiser la première Olympiade d’échecs sur le continent africain. Lors d’une visite à l’île Maurice, en avril 2022, il a déclaré à un journal local : « J’aimerais voir une Olympiade en Afrique. Cela pourrait se faire en 2026 en Afrique australe. Le meilleur endroit serait l’Afrique du Sud ». Même avis pour Jean-Claude Moingt, qui martèle que pour aider au développement des échecs en Afrique, « il faut aller sur place ». « Faire venir un 2100 du Zimbabwe en Europe pour un tournoi, en quoi cela aide le Zimbabwe à progresser dans sa politique échiquéenne ? », s’interroge le Français. Il livre les contours d’un projet en cours, encore à finaliser : « Nous envisageons, avec la FFE, d’organiser un tournoi dans un pays d’Afrique francophone. J’ai un partenaire pour le financement, le pays est intéressé et les élus sur place sont favorables au projet ». Et de conclure en insistant : « Inviter des joueurs en France à un open a un impact franchement limité, la clef est de se rendre sur place ».

Logo de la Fédération Sénégalaise des Echecs (FESEC)
Éric Prié sur un échiquier géant
Joachim Mouhamad devant un échiquier
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